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Paysages fagnards au fil des saisons

Paysages fagnards au fil des saisons

Au printemps, les Hautes Fagnes s’éveillent sans éclat, mais avec une force tranquille. La lumière revient par petites touches sur les tourbières, et l’eau recopie le ciel comme une nouvelle précieuse. Les linaigrettes blanchissent les mousses, les bouleaux frémissent, et, sans qu’on sache pourquoi, on marche plus lentement. Le chant des oiseaux se fait entendre.

Puis, en été, la lande s’ouvre et l’on respire mieux, comme si l’espace faisait de la place au chagrin, aux pensées, à tout ce qu’on porte. Les caillebotis avancent au-dessus des eaux brunes ; le pas est simple, régulier, et cette régularité apaise. La bruyère et les herbes ondulent, indifférentes et belles. Quand la brume arrive, l’horizon se referme, et l’on continue quand même : on n’a pas besoin de tout voir pour avancer.

Ensuite, à l’automne, les Fagnes se teintent de cuivre et de rouille, et quelque chose se serre, sans douleur nette. La lumière baisse, les flaques deviennent sombres ; les nuages y passent comme des souvenirs qui ne demandent rien. Le vent apporte l’odeur de pluie et de tourbe. On marche avec prudence sur ce sol spongieux, avec l’impression que ce qui compte tient souvent à peu : une trace, une chaleur, une présence.

Enfin, l’hiver dépouille tout, et le silence devient presque physique. Le givre prend les herbes, la neige éclaircit la lande, et le vent passe comme un mot qu’on retient trop longtemps. Le brouillard efface les repères ; il reste un buisson, un arbre, et cela suffit pour ne pas se perdre. Dans ce froid, on apprend une chose simple : tenir, attendre et faire confiance au retour de la lumière. Et quand on rentre chez soi, quelque chose manque déjà, comme si une part de soi était restée là-haut, dans les Hautes Fagnes.

© 2026 par Guy Bronlet. Créé avec Wix.com 

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